February 16, 2011

Le Métier. French Translation.

A friend, Jean Michel Dupé, has translated the book Le Métier. Below is an excerpt from the first chapter. Hopefully, the complete translation will be published soon.

The photos were taken by Camille McMillan.

Durant l’intersaison, nous nous renforçons au mental comme au physique, en sortant sous un temps froid pour rouler pendant des heures sous la pluie ou la neige. Dévolus au travail et à la poursuite de nos buts nous roulons sous des conditions qui gardent la plupart des gens chez eux. Dans les extrêmes, j’ai appris sur moi-même, et sur mes limites.

En hiver, je pédale sur un rythme stable tout en me hissant au delà des côtes avec ma surcharge pondérale. Il n’y a aucune urgence ; Je construis des fondations comme je le faisais adolescent dans le garage et sur les routes cernées de congères. «  Les kilomètres c’est comme  l’argent en banque » mon premier entraîneur m’aurait dit, « tu dois commencer la saison avec un gros compte que tu débiteras inévitablement à chaque course. »

Les kilomètres à rouler passent rapidement avec les amis à socialiser sur le vélo comme les travailleurs qui discutent tout en creusant les routes. Les repas d’hiver et les longues soirées avec force vins nous ralentissent sur le vélo, mais en attendant on a besoin de se vicier un peu pour échapper à la structure que nous endurerons bientôt. Un cycliste chérit les instants dont il dispose pour se relaxer, tellement ils sont rares au sein d’une saison chaotique. Nous savons cela, vient Mars où le travail exigera une focalisation sans failles.

Loin de Toronto, je vis et m’entraîne désormais à Gérone en Espagne. Conduit ici il y a presque dix ans par mes co-équipiers Américains, la petite ville Catalane est désormais mon domicile. Gérone s’est peuplée doucement de cyclistes professionnels étrangers qui furent attirés par cette ville pour sa proximité aux montagnes, son climat Méditerranéen, et son noyau grandissant de collègues d’entraînement. Rouler est plus facile avec des compagnons, particulièrement dans les mois déclinants de la saison ou lors de printemps humides : souffrir est plus facile lorsque vous êtes avec un ami.

La plupart de ces cyclistes ont une vie de nomade. Ils arrivent et partent ensuite de Gérone, suivant les flux touristiques et les oiseaux migrateurs- ils sont là quand le temps s’améliore et envolés à sa détérioration.

Les coureurs étrangers traversent les continents, laissant familles, foyers et amis à la poursuite de leur rêve. C’est un coup de poker. Pour beaucoup, la saison est trop longue et vivre dans un environnement étranger constitue un véritable challenge- ils rentrent à la maison, se retirent ou poursuivent leur carrière à un niveau moindre. Pour ceux qui connaissent le succès, emménagent et doucement s’adaptent à une nouvelle vie, l’existence se trouve colorée par une culture dont ils s’imprègnent. Nos vies sont rendues plus faciles lorsque nous sommes en mesure d’accepter un nouvel environnement et en faire notre foyer au sein de l’hiver. Posséder deux «  chez soi » sur deux continents développe en vous un sentiment permanent de déconnexion.

La saison cycliste prend fin. Alors que les feuilles tombent en prenant leurs couleurs d’automne, nous achevons nos dernières sorties d’entraînement avant que de nous éloigner du vélo pour une courte période. Mon partenaire d’entraînement, David Millar, veut déjà partir du point où nous avions commencé notre saison dix mois auparavant.

Tout au long des centaines d’heures que nous avons passé ensemble sur nos vélos dans l’humidité, le frimas de l’air hivernal, nous avons développé une prédilection pour ces séances d’entraînement. Les sorties représentent quelque chose qui nous manque durant notre fiévreuse saison de course, un enthousiasme qu’il est difficile de résumer après avoir accompli trois grands tours et des douzaines d’autres évènements. En hiver, à rouler pendant des heures dans le froid, nous discutons et construisons notre amitié en nous racontant des histoires imagées, en découvrant de nouvelles routes tout en prédisant de ce que sera faite la saison prochaine tandis que nous travaillons dans le but de réaliser nos objectifs.

En tant que vétérans du peloton, nous avons des anecdotes à nous raconter et des expériences à partager. Nos chemins ont été semblables : de nos maisons à l’étranger, aux clubs cyclistes Français et enfin vers le peloton professionnel, nous avons effectué dans le même esprit, des sacrifices similaires.

Nos vélos sont désormais plus lourds, ainsi pouvons-nous faire face à l’hiver. Le poids est rarement un souci pendant l’entraînement. La résistance est importante, ainsi de  la bicyclette qui doit résister à l’usure comme une paire de bottes de travailleur. Nos pneus sont plus épais et nos roues plus lourdes. Nous roulons avec des garde-boue pour éviter que les impuretés de la route ne lacèrent nos jambes et nos montures. Enfant, j’utilisais une bicyclette semblable, qui avait été construite par mon père- maintenant une entreprise me paye pour utiliser ses créations.

Tard le matin, quand le soleil est encore bas mais qu’il a mélangé le gel de la route à l’air chaud, nous nous retrouvons dans un café avant d’aller rouler. Après avoir suçoté des boissons chaudes comme les hommes d’affaires qui se rassemblent autour de leur espresso et d’un sandwich de jambon avant le travail, nous nous racontons des anecdotes sur la nuit précédente, les dernières nouvelles, et ensuite, après une brève discussion, nous décidons de l’endroit où aller rouler.

Les courses étant éloignées, nos plans d’entraînement restent flexibles et nous décidons de la route qui nous emmènera là où le temps est propice, là où se trouvent les routes les plus tranquilles et où nous pouvons trouver ce dont nous avons besoin : collines, routes plates ou terrain ondulant.

Nos routes sont  constamment changeantes car nous les morcelons ensemble pour réaliser de nouveaux grand huit de façon à pouvoir accomplir nos desseins d’entraînements tout en évitant le sublunaire ou le fastidieux. La plupart des cyclistes professionnels partagent la même appréciation de l’aventure et de la découverte. Nous sommes en recherche constante de nouvelles routes et de diverses bosses.

Les touristes qui peuplent les rues en été, qui nous encouragent et nous hurlent des commentaires sur le Tour de France, se font rares les mois d’hiver. Comme les commerçants et les étudiants, nous faisons partie de l’édifice qui compose la ville. Nous roulons doucement à travers le voisinage, saluons des visages familiers, et passons ensuite au travail, pédalant plus vite, nos jambes tournoyant d’un rythme stable de métronome tandis que nous dépassons les banlieues et roulons dans la campagne.

Les locaux savent ce que nous faisons pour vivre et ce que nous avons besoin d’effectuer pour nous préparer à courir. Ils comprennent nos requêtes et sont respectueux. Les Catalans sont des gens discrets et approchent rarement un champion qu’ils ont vu gagner la veille à la télévision. Il y a un respect sincère à Gérone, en contraste avec la vie publique des cyclistes en Belgique, où les tabloïds suivent chacun de leurs mouvements et les chaînes de télés leurs moindres défaillances.